Je pense que tout le monde a une console qu’il cajole plus que tout, une machine qui lui tient plus à cœur que les autres. Objectivement, celle-ci n’est pas meilleure que les autres, mais elle nous a procuré de doux moments devant des jeux que l’on n’oubliera jamais, pour moi il s’agit de la Saturn de Sega. Mésestimée et maltraitée sous nos latitudes, elle a pourtant bien des charmes, mais accessible uniquement à ceux qui font l’effort d’aller vers elle. Je donne l’impression d’en parler comme d’une femme et pour cause elle a été la maîtresse de mes folles nuits d’adolescent.

S’il te plaît, branche-moi une Sega

1993, j’étais jeune lycéen et je roulais encore pour Nintendo, croyant que leur lecteur de CD-Rom allait tout écraser sur son passage. Je pensais aussi à tort que la Megadrive était dépourvue de RPG et donc faite pour les gamins. Que Sonic ne valait pas tripette face à Mario en fait oubliez cette phrase je n’ai jamais pensé ça. S’il y a bien quelque chose qui nous faisait rêver, nous les jeunes de cette époque, c’était le nombre de Bits d’une console, car c’était alors un gage de qualité et d’aboutissement graphiques. Alors certes, la Jaguar d’Atari nous avait un peu vaccinés, mais la 3DO et ses 32 vrais Bits nous avait mis une sacrée claque !

Sega Saturn Prototype
Sega Saturn Prototype

Mais bon vu le prix de la bécane et nos maigres ressources on était plus enclin à attendre la future console de Sega et avec peu d’espoirs la petite nouvelle de Sony, souvenez-vous celui qui devait fabriquer le CD-Rom de Nintendo avant que ce dernier n’enterre le projet. La révolution promise par la 3D était encore qu’une lubie de programmeur, surtout lorsque l’on avait en main les dernières bornes (Virtua Fighter, Virtua racing) ou pire Starfox. Certes la représentation donnait une grande profondeur à l’action, mais c’était horriblement laid, oui j’étais déjà un peu le mouton noir au lycée en pensant ainsi… Nobody’s perfect !

C’est donc la tête pleine d’incertitudes et les mains campées sur le Pad Snes que j’attendais cette nouvelle génération de consoles censées révolutionner notre façon de voir les Jeux vidéo.
Projet Aurora

Si à la base la machine avait été optimisée pour la 2D, avec l’annonce de la PlayStation au début de l’année 1993, Sega a dû rapidement changer son fusil d’épaule, en ajoutant un meilleur support de la 3D. Mais ce n’est qu’une rumeur, comme la légende du port cartouche ajouté à la va-vite, qui selon une autre rumeur aurait été là depuis le début. Bref, concentrons-nous plutôt sur les certitudes à savoir le hardware définitif.

Bu739vAÉquipée d’un double processeur 32 bits et six coprocesseurs, la Saturn était certes en avance sur son temps, mais surtout un véritable cauchemar pour tous les programmeurs. Car si sur le papier la puissance devait être décuplée, dans les faits peu de personnes étaient capables d’exploiter le Duo. Certains développeurs allant même jusqu’à n’exploiter qu’un seul des processeurs afin de pallier à la difficulté. Elle venait du partage du bus mémoire entre les deux processeurs, rendant impossible leur utilisation simultanée. Une autre des bizarreries fût l’utilisation de quadrilatères pour la 3D au lieu de triangles comme sur la PlayStation ou la Nintendo 64. Rendant les jeux multiplateformes laborieux à porter sur Saturn, car demandant un rendu spécifique et donc un investissement supplémentaire. Du coup peu de jeux ont pleinement exploité la Saturn, d’ailleurs la plupart de ceux-ci sont apparus en fin de vie de la machine, comme Radiant Silvergun, ou ont été simplement annulé au moment de sa mort à l’image de Shenmue ou Virtua Fighter 3 qui devait sortir avec une cartouche spécifique.
Le Japon

Segata Sanshiro

1435691638333Les objectifs de Sega sont à ce moment très ambitieux: vendre 500 000 consoles avant la fin de l’année, et 2 millions avant fin 1995. Pour y parvenir, Sega dut réorganiser son système de distribution, afin de proposer sa machine dans plus de 7000 points de vente. Créant sa propre société de distribution (Sega United), passa des accords avec Hitachi Media Force, qui commercialisa la Saturn dans son réseau de magasins électroménager, et d’autres avec Toshiba-Emi, qui la proposa dans ses différents magasins de musique. De ces accords ont découlé des autorisations de commercialisation pour Hitachi et Victor (JVC) de leur propre modèle de Saturn, qui différaient assez peu du modèle Sega ; exception faite d’hitachi qui proposait le module de décodage MPEG directement dans la console.

Comme prévu Sega lance la Saturn le 22 novembre 1994. Le succès est au rendez-vous avec approximativement 170 000 machines vendues le premier jour ; près de 500 000 écoulées au moment de noël, le pari était donc tenu. Véritable plébiscite pour la machine, que l’on doit entre autres au succès de Virtua Fighter et d’avoir été les premiers à dégainer face à Sony. Sony de son côté n’arriva que le 3 décembre avec sa PlayStation. Au vu du prix des deux consoles peu de monde pouvait s’offrir les deux, il fallut faire un choix et dans ces cas-là, c’est souvent premier arrivé, premier servi.

Par la suite le succès a perduré grâce au retard de Nintendo, aux conversions arcade de grande qualité et aux titres pensés pour le marché japonais à l’image de Sakura Taisen. C’est une situation inédite pour Sega, qui n’avait jamais réussi à percer au Japon et là ils se retrouvent pendant près de 3 ans loin devant les autres. La concurrence à cette époque eut beaucoup de mal pour se démarquer de Sega et ce n’est pas la sortie de la Nintendo 64 qui améliora la situation de Nintendo. Le premier revers que dut essuyer Sega fut la sortie de Final Fantasy 7 sur PlayStation en janvier 1997 qui se vendit à 2.3 millions d’exemplaires en 3 jours. Du jour au lendemain Sony passa du rôle de simple challenger à celui de concurrent plus que sérieux. Entre Sony et les pertes subies par Sega à l’étranger, le destin de la Saturn était scellé, la Dreamcast devait être mise en chantier pour une sortie nationale l’année suivante.

Les États-Unis

Pub Sega Saturn avec Ice Cube
Pub Sega Saturn avec Ice Cube

Au début de l’année 1995 Tom Kalinske, le président de Sega America d’alors, annonce que la Saturn doit sortir « le jour de la Saturn », le samedi 2 septembre de la même année, soit une semaine avant la sortie de la PlayStation. Mais à l’E3 le 11 mai, Kalinske annonce que le jour de la Saturn était une ruse et que la console devait sortir le jour même dans certaines enseignes, prenant ainsi de court tous les éditeurs tiers. Avec uniquement six titres à proposer, bien entendu estampillés Sega. Dans une telle précipitation avec si peu de jeux il n’est pas étonnant qu’arrivé en septembre seulement 80 000 Saturn aient trouvé acquéreur. De son côté Sony avait réussi à placer 100 000 PlayStation en une semaine, grâce à une campagne bien mieux maîtrisée et surtout un prix largement inférieur, la Saturn demandant 399$ contre 299$ pour Sony.

Il ne faut pas non plus oublier le fameux champignon de Sega, la 32X qui était sortie à Noël 1994, en laissant les joueurs dans la confusion la plus totale. Que ce soit la 32X, la Game Gear ou la Pico (genre de console éducative pour les enfants), Sega était trop dispersé et perdait beaucoup trop d’argent à force de soutenir toute cette palette de produit. Décision fût prise en octobre 1995 de stopper tout et de se focaliser uniquement sur la Saturn. Une décision qui était venue directement du Japon et appliquée dans le reste du monde, sans prendre les avis des différentes branches de Sega.

La suite fut une longue descente aux enfers. Il y eut dans un premiers temps les problèmes d’approvisionnement de certaines enseignes qui boycottaient la marque en souvenir du lancement prématuré chez les concurrents. Par la suite la Saturn sera toujours derrière les autres et avec la sortie de la N64 a la fin de l’année 1996 la situation ne fît qu’empirer alors qu’elle semblait déjà critique. En juillet de la même année, Tom Kalinske remet sa démission et dans son sillage toute une partie de son équipe prend le large. Le moment devint propice au changement et c’est là qu’arriva un homme qui l’incarnerait mieux que quiconque…
La Saturn n’est pas notre avenir

Bernie Stolar

Il est grand temps de vous parler de Bernie Stolar, une des personnalités les plus controversées du milieu du Jeu vidéo de cette époque. Avant de rentrer chez Sega en tant que Président de la branche américaine, il fut premier vice-président exécutif chez Sony Computer Entertainement, où il était responsable du développement des affaires et surtout du contenu de la PlayStation. Il avait interdit les RPG et les jeux en 2D de sortir sur le territoire Nord-américain, genre qu’il jugeait trop ringards.

Après avoir quitté Sony en 1996, il accepte de prendre le poste de président chez Sega. Cependant avant d’aller plus loin, il faut savoir que bien avant son arrivée la Saturn était déjà fort moribonde et nombre de ses décisions furent motivées par ce qu’il sut en interne. Comme par exemple le développement d’une nouvelle console et la mise à mort prématurée de la Saturn. C’était un pur financier, mais surtout un pitoyable communicant, en tout cas à ce moment-là de l’Histoire. Focalisons-nous sur l’E3 de la même année, où une série d’évènements persuada le fan hardcore que Bernie fut le fossoyeur de la Saturn.

bernieLe premier fut une querelle avec Victor Ireland le fondateur de Working Design, le principal traducteur de RPG sur Saturn pour une histoire de stand mal placé. Victor Ireland déjà en froid avec Bernie à cause de sa politique chez Sony, pleins de colère, déclara que Working Design ne soutiendrait plus la Saturn tant que Bernie Stolar restera à la tête de Sega. Les effets furent immédiats avec l’annulation de tous leurs titres en cours à l’exception d’un seul : Magic Knight Rayearth.

Le second événement fut sa fameuse déclaration : « La Saturn n’est pas notre avenir », qui fut rapidement reprise par tous les médias qui en firent leurs gros titres. Tout le monde était perplexe, mais Stolar ne daigna même pas revenir sur sa déclaration, a ses yeux la seule manière de retrouver des finances saines était de lancer une nouvelle console et certainement pas de continuer à soutenir celle qui tirait Sega vers le bas.

Le troisième et dernier évènement fût l’annonce de la mise en place de la politique des cinq étoiles. Celle-ci était censée garantir à Sega l’optimisation de son catalogue sur le sol américain en attribuant des notes aux jeux, qu’ils soient internes ou en provenance d’un tiers. Si le jeu n’obtenait pas une note de 90 sur 100, il ne pouvait simplement pas sortir. Même si ce système paraissait vertueux, l’incompréhension est vite arrivée quand des titres comme Sakura Taisen, Radiant Silvergun ou Dragon Force 2 n’eurent apparemment pas passé le test. Et l’on en vient à se demander si au final, les décisions n’étaient pas prises de manière arbitraire comme au moment du passage Stolar chez Sony.

Le cas européen

Simple mais juste catastrophique ! Car même si l’excellent Virgin Loisir avait été racheté et renommé Sega France, la console sortie en plein mois de juillet dans l’indifférence la plus totale. Par la suite la mainmise de la maison mère sur sa filiale fut aussi grande que son incompréhension du marché occidental. Mettant de côté systématiquement les jeux qu’ils n’estimaient pas adapté au marché, à l’instar d’un Sakura Taisen ou plus d’un incompréhensible Dragon force dont la traduction fut effectuée par un éditeur tiers (Working Design). Il n’y eut qu’à la toute fin, au moment où Sega lui-même savait qu’il allait mettre fin a la courte carrière de la Saturn, qu’ils daignèrent sortir quelques titres « différents » comme Shining force III ou Panzer Dragoon Saga.
L’héritage

Finalement il est tout de même ressorti pas mal de choses de cette console, et en tête de tout cela une bordée d’excellents jeux, dont certaines séries ont perduré jusqu’à la Wii avec Sakura Taisen. D’autres séries sont devenues mythiques, car d’excellente facture, mais que l’on ne reverrait plus, comme les Dragon Force ou Shining Force 3. Ou plus simplement à l’exemple de Radient Silvergun, quelques titres iront au-delà du statut de mythe et seront vénérés comme le pinacle de leur genre.

Si l’on y pense bien, pour Sega, la Saturn c’est surtout le souvenir d’une période faste et le début d’un lent déclin dut à des prises de décision hasardeuse le menant à l’inéluctable arrêt de la production de consoles. Pour se concentrer sur la production de jeux, moins originaux qu’à l’époque, ce qui est dommage. De nos jours apparemment l’originalité et l’innovation ne suffisent plus, pourtant c’est ce que je retiendrais de Sega et de la Saturn en particulier ; les RPG de folie, l’arcade à la maison et les jeux d’aventure nombreux et de qualité. Ce fut un des âges d’or pour les jeux vidéo japonais, les nostalgiques et ceux souhaitant le découvrir ont tous une Saturn.

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